La valse des miroirs

La dégradation du cerveau engendrée par la maladie fait une première victime: la confiance en soi du patient. Cette confiance doit être protégée et renforcé par tous les moyens. C’est le rôle principal de l’aidant et c’est ce qui va rendre la vie commune plus simple et plus riche.

Le patient a besoin de faire, de donner, de rendre service et c’est à l’aidant de proposer ce que le patient peut faire bien, de l’encourager, de le complimenter: « Tu chantes bien! » et même de l’applaudir. Il ne faut jamais perdre de vue que ce qui fait du bien à tout le monde, fait aussi du bien à un patient Alzheimer. Nous apprécions que le monde extérieur nous renvoie une image flatteuse de nous mêmes. Les patients Alzheimer aussi.

alzheimer miroirInstaller des miroirs

Une fois bien habillé et coiffé, un regard dans la glace nous rassérène, si nous y voyions une image qui nous plait. A une époque, j’ai remarqué que Daniel aimait bien se regarder dans la glace et donc j’ai ajouté une glace dans la cuisine où nous prenons nos repas et une autre au salon. Au même moment j’ai mis des photos de lui sur son bureau, j’ai  imprimé des mugs à son image. Il me semblait important qu’il conserve une image claire de lui, alors qu’il mélangeait sérieusement les autres personnes. Tout a bien été pendant une année.

Peu à peu les choses ont commencé à changer, il s’est mis à parler à un de ses amis de lycée qui a son âge et sa taille dans la glace. Il l’a fait d’abord en se cachant de moi et cessait la conversation dès que j’arrivais. Une fois je l’ai surpris devant la glace de la salle bains parlant d’une voix de procureur: « Monsieur, qu’avez vous à dire pour votre défense? » Ma présence a fait fuir le fantôme. Daniel a eu l’air ennuyé comme si je l’empêchais de jouer.

Puis il  s’est mis à jeter des regards méfiants aux glaces qui lui renvoyaient les mêmes regards. Dans le hall un peu sombre de notre immeuble, il y a une grande glace et Daniel me dit : « Il y a toujours le même garçon qui travaille là et qui me regarde de travers« . J’ai essayé plusieurs fois de lui montrer que c’est du verre et que c’est son image qu’il voit. Ça l’a contrarié que je ne sois pas de son avis: « On en discutera plus tard! »

Enlever les miroirs

Pour la glace de l’immeuble je ne peux rien, mais pour celles de la maison je les ai enlevées ou recouvertes d’un plastique opaque. Et tout est devenu plus facile. Il faut bien comprendre que dans cette pathologie, ce qui marche un temps ne marche pas toujours. Il faut se renouveler et faire preuve de créativité.

 

4 réflexions au sujet de « La valse des miroirs »

  1. Agnès Duperrin

    Ce qui est formidable, c’est que ce qui est vrai pour nos proches Alzheimer l’est aussi pour chacun d’entre nous… Ce qui marche un jour ne marche pas toujours, être à l’écoute adoucit la vie quotidienne, être bienveillant dégoupille les situations à stress, se dire les choses telles qu’elles sont aide à les vivre telles qu’elles sont… En tenir compte enrichirait surement nos échanges avec nos proches, petits et grands…. Merci Colette

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  4. Gerber

    Merci merci merci j essaie de lutter contre la.scientification de notre neurologie qui s obstine à.faire passer à.Philippe le fameux.mms et qui prend un air exaspéré et soupirant lorsque la.réponse manque.nous sortons tout les.deux désespérés et.déprimés de ses.consultations.cela.fait à. Présent 20mois que le diagnostic est tombé et que aricept 10mg est entré dans notre vie avec ses effets secondaires mortifères tremblement type parkinsonien de la.main g.constipation vertiges hypotension…au point que je pense stopper ce traitement qui me.semble délétère. Au quotidien nous restons un couple fusionnel et aimant.beaucoup d humour de rires lorsque je dépasse.les bornes sur la.chargé relationnelle visite familiale.et.autres immediatement il y a desorientation et reproches sous forme de.dire tu me.prends pour un c..j apprends.tous.les.jours a.le.comprendre je passe.du mode performance stress quotidien à carpe.diem à.vivre à son rythme à.lui par respect et par amour de lui de nous de notre couple.des fois je pleure seule et je me.sens.seule et désespérée. J évacué ma.rage contre cette maladie et après je me.dis quoi tu pleures sur toi même…basta!! Peut être cette maladie émerge pour nous apprendre à.redevenir de vrais humains?a.très bientôt. Isabelle infirmiere en neuroreeducation.

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