le courage de dédramatiser
J’ai reçu hier ce message sur facebook L’auteur m’a donné l’autorisation de le publier sur ce blog
« Je vous fais ce petit mot simplement pour vous dire MERCI de m’avoir déculpabilisée. Avant la lecture de votre livre « Le bonheur plus fort que l’oubli » j’étais en proie à quelques questionnements sur ma façon d’être avec mon mari, tellement opposée au classique, opposée aux clichés qu’imaginent ceux qui ne la vivent pas. Eh oui, comment puis-je être joyeuse, malgré ou peut-être même grâce à la maladie ? Et comment mon mari ( 67 ans) qui souffre d’Alzheimer atypique, ( car la maladie a commencé par une aphasie primaire progressive) peut-il rire autant et être aussi gai ? Tout ou presque (il ne faut pas exagérer quand même) est rigolade, clowneries pour dédramatiser chaque incident, chaque erreur, jusqu’à imiter sa sœur au fort accent chti. Il a toujours eu beaucoup d’humour et d’instinct, j’ai détourné ses « bêtises », ses incongruités en amusements, en jeu. Je me compare parfois à Roberto Benigni dans « La vie est belle » où il transforme la situation tragique en jeu, pour épargner de l’angoisse à son fiston, qui ne se rend compte de rien. Mon mari Yves, dégagé de ses anxiétés, de ses soucis, ignorant sa pathologie, se fiant totalement à moi est heureux, ne souffre pas, est en bonne santé physique, il est un malade en bonne santé. Et ô quel bonheur on ne se dispute même plus, il a perdu sa susceptibilité que je trouvais pénible et qui était souvent à l’origine de nos accrochages. Quand je parle de lui, c’est avec légèreté et, au vu de la réaction de certains de mes témoins, j’ai pu passer soit, pour une inconsciente au mieux, soit pour une « jem’enfoutiste » Les difficultés viennent beaucoup plus de l’étonnement de l’entourage, à qui il faut expliquer qu’il ne sert à rien de prendre une tête de compassion mais qu’au contraire il faut rester naturel, continuer à vivre et continuer à rire. J’ai senti qu’il fallait agir ainsi pour, à défaut de faire reculer la maladie, l’empêcher de progresser trop vite et pour le confort psychologique de mon mari. Et voilà que je tombe sur vos livres qui m’ont confortée et consolidée dans ma façon d’agir, et en y piochant des explications, je les ai tous lus et m’y suis sentie à l ‘aise. Tout cela m’a empêchée de me sentir a-normale et je tenais à vous remercier. »
Je salue ce courage et cette volonté de dédramatiser cette maladie alors que « la machine à faire peur continue de tourner », alimentée de manière inconsciente par des gens qui veulent partager des témoignages intimes effrayants. Croyant bien faire et aider la recherche médicale, ceux qui cherchent à ramasser de l’argent s’en saisissent, sans se rendre compte qu’il sèment la terreur et le découragement dans le cœur des personnes concernées aujourd’hui et demain.
Tous les publicitaires vous asséneront qu’en matière de santé la peur fait ouvrir les porte-monnaies. Ceux qui se targuent d’être des médecins et pas des hommes d’affaires, ne sont pas forcés de les écouter. Si leur discours n’était pas si uniment anxiogène combien y aurait il de moins dans les caisses des Fondations pour la Recherche?
Primum non nocere. Pour cette maladie qu’on ne sait pas guérir quelle autre perspective existe-t’il pour les malades qu’une prise en charge paisible? La vie peut être belle aussi pour les malades d’Alzheimer.

