Ma soirée des aidants au Ministère de la santé

 

J’ai eu la grande chance d’assister à la soirée des aidants du 6 octobre au Ministère de la santé. Le logo de la journée nationale des aidants joue sur les mots  j’aide = j’aime. C’est joli mais ce n’est pas le sujet du colloque. Le sujet est plutôt « aidons les aidants » qui deviennent alors des aidés, car l’équation est plutôt : « j’aide = je souffre = je m’épuise ».

Comme je m’épuise, il faut que l’Etat qui est responsable de la santé publique m’aide. Car voyez-vous aujourd’hui, il y a quand même une chose qui ne devrait plus exister, (mais que font les chercheurs?) c’est la maladie! Quant à la mort n’en parlons pas, c’est bien connu elle n’existe qu’à la télévision et dans les jeux vidéo pour pimenter les scénarios.

Ne croyez pas que je me moque, simplement je veux contribuer autrement, la raison profonde de ce blog c’est l’aide aux aidants. J’ai fait des découvertes ce soir-là.

J’ai écouté 10 orateurs dont 8 oratrices et appris que les aidants étaient des aidantes (74%). Pour nous faire mieux comprendre la terrible condition des femmes à notre époque, notre ministre brosse avec talent le portrait d’une femme qui au travail pense à son frigidaire à qui va aller chercher les enfants, qui à la maison pense à son travail et à ses réunions. En plus elle doit appeler le médecin pour ses parents malades pendant ses heures de travail… il faudrait que les entreprises comprennent … et c’est pourquoi les médecins sont bien obligés de donner des arrêts de travail à des gens, guetté par l’épuisement, qui ne sont pas encore malades.

La conclusion étonnante, reprise en chœur par tous les intervenants, à commencer par notre ministre Laurence Rossignol, c’est qu’il faut souffler! Les aidants doivent souffler!
Le comique de la soirée c’est tout le monde parle à toute vitesse, comme si les points et les virgules avaient disparu de la langue française devant l’urgence de la situation et le timing de la soirée. Pendant ce temps, je regarde autour de moi chacun a sorti son smartphone et tapote  à qui mieux mieux.  J’ouvre des grands yeux et ma voisine me dit: « c’est pour le boulot! »  J’essaie de faire pareil, je lis mes mails et je me rends compte que je n’ai rien écouté. Je suis trop vieille j’ai plus de 70 ans, je ne sais pas écouter d’une oreille, ma voisine suit et commente pour moi: « c’est toujours la même chose. »

Smartphone« Le temps c’est de l’argent ». Voilà le credo de notre société mondialisée. Il est interdit de faire en 1 minute ce que l’on peut faire en 30 secondes et mieux vaut faire deux choses à la fois qu’une seule comme écouter d’une oreille pendant qu’on pianote d’un doigt.  Plus on se dépêche, alors plus on devrait devenir riche! Il y a comme une arnaque invisible et omniprésente. Notre société tout entière ne respire plus à force de se dépêcher et ne rêve que de souffler… L’air est encore gratuit, ça serait payant on y ferait plus attention.

Je propose donc de commencer à souffler tout de suite: Je souffle, tu souffles, nous soufflons, vous soufflez, ils et elles soufflent.

D’un seul coup, je réalise qu’il n’y a pas le plus petit dénominateur commun entre la relation d’aide et la société telle qu’elle est formatée, telle que nous l’avons formaté ou qu’elle nous a formatés. Voilà pourquoi tous les gens de bonne volonté, dont font partie les intervenants de la soirée, n’en finiront jamais de s’essouffler.

Crédit photo:  Robert Kneschke

5 réflexions au sujet de « Ma soirée des aidants au Ministère de la santé »

  1. Jean-Luc Simon

    Bonsoir,
    Je prends l’occasion de la lecture de ce petit texte pour vous exprimer toute ma gratitude pour les mots que vous savez mettre sur les situations que vivent nos proches, vous votre mari et moi ma maman de 83 ans dont la vie est marquée par des confusions de plus en plus répétées et qui d’anecdotiques deviennent inquiétantes.Votre livre « Le bonheur plus que l’oubli » a été pour moi d’un grand secours, et il résonne non seulement avec la situation que je découvre avec le vieillissement de ma maman, mais également avec les travaux que je mène dans le cadre de mes actions militantes avec les organisations de personnes handicapées.Ce sont ces derniers qui m’amènent à participer à de nombreuses réunions telles que celles que vous décrivez dans ce billet, et à propos desquelles ce que vous dites pourrait être repris à l’identique.Je n’avais jamais lu, vu ou entendu ailleurs une telle affirmation : « Le bonheur que peut donner une relation d’aide ». Merci, c’est un contre point essentiel qui vient bousculer à propos les poncifs répétés sur la douleur des aidants. Je vais poursuivre la lecture de ce blog et reviendrai probablement vers vous dans un proche avenir. Bien cordialement

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  2. Ping : La grande marmite du déniBien vivre avec Alzheimer

  3. Relais familial Alzheimer

    Notre association Relais familial Alzheimer fait de son mieux pour soutenir les familles fragilisées par la maladie mais personne ne semble vouloir soutenir cette action !!!
    Difficile parfois de comprendre comment fonctionne notre société : chacun vie pour soi …
    Malgré tout, nous tenons bon !!!

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  4. guy

    J’ai eu le plaisir de vous saluer ce soir là. Je pense que notre grande chance, c’est que les aidants sont formatés de la même manière! La communauté du vues entre aidants que je trouve saisissante permet cette relation d’aide naturelle. Votre blog y concourt grandement, ainsi que les forums entre aidants, les pages facebook, les twitts, etc.
    Pensée à vous et à votre mari!

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