On diagnostique les maladies cognitives par des tests de mémoire, et on dit que ces personnes « ont perdu la mémoire. » Comme si la mémoire était une petite boite qui servait à ranger les souvenirs. Comme s’il n’y avait qu’une seule mémoire ! Le résultat c’est qu’on manque d’idées claires sur la manière de comprendre ce qui se passe réellement sous nos yeux. Les événements désagréables laissent des traces collantes dans la mémoire. C’est vrai pour tout le monde, c’est vrai aussi pour les patients souffrant de difficultés neurocognitives.

Une lectrice m’écrit que sa grand mère est sortie de son Ehpad et a passé des heures couchée dans un ravin où il y avait de l’eau. On l’a retrouvée en hypothermie. Si on lui demande pourquoi elle est sortie, où elle était, ce qui lui est arrivé, elle ne peut pas répondre. La fausse conclusion qu’on en tire c’est qu’elle n’a pas de mémoire, qu’elle a tout oublié ! Alors qu’elle est entièrement imprégnée, imbibée jusqu’aux os de l’histoire qui lui est arrivée. Sa mémoire n’a pas enregistré l’accident sous forme de texte mais sous forme de sensations et d’émotions désagréables. Tous ses nerfs sont à fleur de peau. Et ces mémoires sensorielles et affectives produisent en réaction des comportements incompréhensibles pour l’entourage.
Voici ma réponse:
« Ce qu’il faut savoir c’est qu’elle a eu très peur et très mal et qu’elle s’en souvient, même si elle ne peut pas le dire.
Elle a peur que ça recommence. Il faut la rassurer encore et encore.
Un souvenir comme celui là est très dur à effacer. Il faut beaucoup de patience.
Pour effacer cette mémoire douloureuse, il faut faire vivre à votre grand mère des choses très agréables. Vous la connaissez, essayez différentes choses et voyez ce qui lui rend le sourire. Il faut être créative.
Elle est sortie, elle cherchait peut être simplement les toilettes, comme c’est très souvent le cas.
Surtout ne lui posez aucune question, son cerveau ne lui fournit pas les réponses verbales. Vous allez la stresser.
Pour l’aider à retrouver son calme, vous devez être vous même calme et souriante, quand vous la rencontrez. Les neurones miroirs fonctionnent à plein, ne l’oubliez pas : un entourage stressé énerve la personne malade. Un entourage calme redonne confiance à la personne malade.
Dites lui très gentiment que « tout va bien » qu’elle a bonne mine, enfin que des choses agréables et rassurantes. Ensuite proposez-lui des choses qu’elle aime, des desserts sucrés par exemple. Ne pas la contrarier sur un petit détail, ne pas lui faire peur, ni lui faire le moindre reproche.

La lectrice m’a répondu: « Merci infiniment pour votre message et vos conseils que nous appliquons. Elle commence à retrouver ses yeux vifs et pétillants depuis cette semaine! »
Bonjour madame
Aujourd’hui mon mari est en établissement spécialisé
Comme j avais acheté votre livre qui m avait beaucoup aidé j’ai pu garder mon mari le plus longtemps possible
Malheureusement à la fin il ne voulait plus ni manger ni être lave ni être change
Je reconnais avoir haussé le ton et ensuite pleurer tellement je m en voulais
Bonjour Madame,
Il y a un moment où compte tenu des circonstances difficiles et imprévues, on dépasse ses limites. Vous avez été au bout de ce que vous pouviez faire et un peu plus ou un peu trop, c’est pourquoi vous avez perdu votre calme. Au lieu de vous en vouloir il serait plus juste de vous sentir apaisée; c’est ce que je vous souhaite.